Leurs violences, nos vies (1) : témoignages, récits, expériences plurielles de riposte aux violences sexuelles et sexistes

Rubrique ouverte à tou·tes celleux qui veulent, comme nous, balancer des pavés dans la mare du patriarcat

Avant le printemps, crudités à bas prix

Ça tourne en boucle dans ma tête.

La remontée du nombre de mes interactions sociales, notamment via quelques activités bénévoles a été l’occasion de me reprendre l’oppression masculine en pleine figure. Si le patriarcat a décidé de se foutre de ma gueule, il a plutôt bien réussi son coup en ce début d’année. 

Au début du mois de janvier, un échange de numéros de téléphones entre collègues me rappelle que « j’aurais pu dire non » (et ne pas donner mon numéro) mais aussi que je « fais exprès de ne pas comprendre ».  C’est presque anodin mais (déjà) ça m’agace. Puis, à la mi-janvier dans une autre équipe, le temps d’une semaine, je propose mon aide pour faire à manger pour un groupe de stagiaire en excursion dans la région. L’ambiance en cuisine s’obscurcit assez vite, mais je semble la seule à le remarquer. Les blagues autour de la fellation sont les premières à faire leur apparition, plusieurs fois par jours, certains en rigolent. Moi non. Puis, plus les jours se suivent, plus les remarques se font insistantes et soudainement bien adressées à mon égard. Je ne relève pas, je tente l’esquive autant que je le peux. Mais le double-jeu de mon interlocuteur  qui alterne « compliments » sexuels et  allusions sexistes devient l’ordinaire de chaque journée, jusqu’à se finir par un « il y a de place dans mon lit », un brin caustique, mais vraiment amer pour moi. Dans le même temps, un stagiaire que je ne connaissais pas m’a prise à part pour m’expliquer comment il m’observait depuis le début, qu’il aimerait mon numéro de téléphone pour …  me soumettre l’hypothèse de  « ce soir chez toi», « je peux te donner le plaisir maximum ». Le dernier jour de janvier m’offre le jackpot de l’angoisse lors d’une douce soirée entre amis, où l’ont vient me glisser à l’oreille « ne te remets plus jamais (…) devant moi » . Je pense que vous serez à même d’imaginer le ton de ces doux mots qui autant que le reste n’a fait qu’accentuer ma tétanie. C’était sans compter l’offre qui suivrait quelques semaines plus tard – en aparté « Si une de vous deux veut me faire une pire je suis ok ». Il m’en faut peut-être peu, mais je me sens liquéfiée.

Toutes ces agressions sont uniquement verbales, pourtant elles portent atteint à toute mon intimité et ne cessent de me faire dérailler. Je ne peux m’empêcher de retomber dans les pièges du patriarcat, où je finis par me sentir coupable, où je m’interroge sur ce que je provoque. Mes réactions d’esquive me désespèrent et finalement seuls ces mots s’incrustent dans mon corps jusqu’à me faire haïr ma propre peau et ce qu’elle abrite. J’aimerais trouver la force de crier fort, mais c’est la peur qui m’englobe car je sais aussi que la société accepte ce genre de choses. Je sais que je peux vite devenir la coupable d’un malaise ambiant ou être considérée comme l’hystérique, la paranoïaque. Comment fait-on pour retomber inévitablement dans les mêmes schémas, à inverser la charge de la culpabilité ? tandis que tous ces mecs bandent d’une situation, qui ne sert presque qu’à démontrer à quel point ils sont en plus certainement des mauvais coups ? Mais qu’est ce qui les fait jouir autant, sauf le spectacle de notre peur ?

Je n’ai pas de solutions à proposer, mais ceci est le début de ma riposte. Je suis fatiguée d’être sans cesse rapportée à un objet sexuel. Je ne vais pas me taire pour laisser votre  bite cacher la vulnérabilité que vous n’assumez pas. Si je fonctionne différemment, bizarrement, vous ne pouvez pas me réduire au fantasme de domination qui dégouline de vous. Finalement, je commence à croire que je suis celle, que nous sommes celles, qui vous rappelons que vous n’êtes pas grand-chose. Alors pour ça, je vais continuer à ouvrir ma gueule jusqu’à ce que vous le compreniez. Il est temps que fleurisse le printemps, vos mots autant que vos comportements sont le problème, mais nous riposterons à temps. 

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